le poids des larmes

Femme tatouée dans son bain

Lentement, je glisse dans l'immobilité, sans pouvoir me relever. Mon corps tout entier appel au repos, mais plus rien ne répond. Si mes membres semblent pouvoir encore s'articuler, tout à l'intérieur est figé. J'ai le sentiment d'être comme ces rivières dont la source, petit à petit, se tarit; ces rivières que l'on voit disparaître, et que l'on choisit d'ignorer par commodité. Celles dont il ne restera qu'un semblant de passage, un sentier noueux et caillouteux, qui tombera dans l'oubli, enseveli sous le bruit.

"la ligne pure et horizontale de la mer était pour elles deux, filles nées dans la montagne, un paysage empli de chaînes crénelées et massifs arrondis, l'expression totale de ce qu'est l'infini" – Wendy Delorme, Le chant de la rivière

Peut-être ai-je trop pleuré, et plus de larmes à donner. Elles auront certainement rejoint les rivières, les mers, les océans, retrouvé leur liberté là où moi, je reste enfermée. Elles, dansant dans les courants, jouant avec les goélands, devenant pluie, torrents, et moi me murant dans cette prison, celle que certains appellent "vie", celle qui vient en mon sein chuchoter "fuis!". Je ne sais pas ce que je fous là. Ce qui me semblait juste il y a six mois réveille aujourd'hui un léger sentiment d'effroi, celui d'avoir fait le mauvais choix. J'en frissonne rien qu'en écrivant ces lignes. Parce que ça ravive en moi ce qui est probablement ma plus grande peur, non pas celle de la mort, mais celle de rater ma vie, de passer à côté. De me retourner dans 5, 10 ou 15 ans, en me demandant où est-ce que j'ai perdu mon temps. 

Oui, parfois l'urgence me prend et m'étreint un peu trop fortement, comme en ce moment. Sauf qu'aujourd'hui elle me fige dans le froid, enserre mes bras, mon ventre, noue ma gorge, mon estomac, m'empêchant de faire quoi que ce soit. Je n'ai ni la force, ni le courage de me débattre - je ne suis même pas sûre que cela serve réellement. J'ai beau avoir dit, j'ai beau avoir pleuré, je crois même avoir supplié, personne ne m'a écouté. Personne n'a cherché à savoir comment j'allais, mais le fait est: je ne résisterai pas à un nouveau chaos. Je devrais peut-être suivre mes sanglots. Laisser mon corps glisser, couler dans le lit de ma rivière, m'y abandonner tout entière. L'eau m'a porté, m'a soignée. L'eau m'a guéri de ce que mes générations ont subi. Mais une vague suffit-elle pour nettoyer, pour effacer la violence accumulée tant d'années?

J'espère qu'un jour viendra où la mer me le dira, et que sa réponse ne m’achèvera pas…

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