ton paradis
“Je devais t’écrire,
Avant que mes souvenirs
Ne commencent à se tarir,
Même si au fond de moi,
Je sais que tu ne me liras pas.
Que tu ne te verras jamais
Telle l’héroïne que tu es,
Alors que ta vie n’a été
Qu’une longue lutte acharnée.Je me demande si tu te bats.
Je me demande certaines fois,
Si tu es encore là.
Je me demande aussi
Comment est ton ailleurs.
Si c’est un paradis,
Un lieu calme et apaisant,
Plutôt que le néant,
Une noirceur sans fond.J’espère que tu t’y sens bien.
Que, où que ton esprit s’égare,
On se retrouvera toujours quelque part,
Qu’il retrouvera toujours son chemin,
Vers toi, et parfois aussi vers moi.J’espère que où qu’il soit,
Il m’entendra encore,
Quelques jours, quelques mois,
Juste pour que ton cœur
Sache que je suis là,
Et que quoi qu’il advienne,
Je t’aime…”
Ce texte, je l’ai écrit pour ma mère, qui devient absente. Une mère dont le corps est là, mais dont l’esprit s’en va. Je l’observe jour après jour, la vois quitter sa vie, un peu comme lorsque l’on rêve éveillé sauf que là, c’est un cauchemar qui semble vouloir durer, et je crains que cela ne vienne s’empirer. Elle parle de moins en moins, juste en cas de besoins; les vraies conversations n’existent plus et moi, je ne la reconnais plus. J’essaie d’accepter mais je peine à y arriver. Je ne pensais pas avoir à faire le deuil d’une personne qui est encore là, pas aussi tôt, pas comme ça.
Pourtant, il le faut.
Je me dis que je devrais la prendre en photo sauf qu’ici, on ne fait pas ces choses-là. J’ai quelques images de mon enfance, un peu moins à l’adolescence, quand à l’âge adulte, les seuls clichés que j’ai sont pour la plupart des autoportraits – rien de surprenant que j’aie continué. Ma mère n’a jamais aimé être photographiée. Nous avons tout de même réussi à le faire de temps en temps, des images volées, essentiellement, mais la dernière dont je me souvienne date d’il y a longtemps. Surtout… ai-je envie de me rappeler ces instants, ce qu’elle vit maintenant? Ne préférerais-je pas garder d’elle l’image de qui elle était vraiment, celle d’une femme dynamique plutôt que d’une relique? Et si je ne le fais pas, est-ce que je ne risque pas de le regretter? Quelles que soient les réponses à ces questions, le fait est que pour l’instant, je n’y arrive pas. Je sens comme un coup de poignard à chaque fois que sur elle, je pose mon regard. Va-t-elle revenir un jour? Si certains cultivent l’espoir, moi, je ne sais plus que croire. Alors je me contente d’avancer un peu, de faire du mieux que je peux. D’être prête à le faire – le serai-je seulement un jour? La seule chose dont je sois certaine pour l’instant, est que je me sens paralysée devant cette idée, et que je suis dans l’impossibilité d’immortaliser son portrait.
Pourtant, il le faudrait.