Journal La Fille Encrée Journal La Fille Encrée

le point de bascule

La nuit de trop, ou les heures de pas assez; je ne suis même pas certaine d’avoir les mots à vrai dire, tant en cet instant, tout semble m’échapper. Tout ce que je sais, c’est que l’ombre et la lumière semblent se confondre, et que devant mon café, moi, je sombre…

Le premier café du matin

La nuit de trop, ou les heures de pas assez; je ne suis même pas certaine d’avoir les mots à vrai dire, tant en cet instant, tout semble m’échapper. Tout ce que je sais, c’est que l’ombre et la lumière semblent se confondre, et que devant mon café, moi, je sombre…

"Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence"
– Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit.

Alors que je déroule le fil de ces derniers jours, de ces derniers mois, je réalise que rien n’est à sa place, rien ne va. J’ai passé les dernières 72 heures à me demander si nous étions une famille incroyablement douée ou au contraire, totalement et irrémédiablement fracassée. De celles qui taisent, qui cachent sous le tapis les problèmes, les non-dits. Les mots qu'il ne faut pas prononcer, les émotions qu'il ne faut pas nommer - et encore moins éprouver. Elle a même réussi à me faire douter. Effectivement, pour se mentir elle est douée, c'est là une chose que je ne peux lui enlever.

Je ne pensais pas en arriver là. Elle non plus, je crois. J’ai beau l’aimer, en ce moment je donnerais tout pour en être éloignée. J'ai l'image de son corps, raide, gisant face contre sol. Dans la cuisine. Dans sa chambre. À côté de son lit, à côté d'une flaque de sang. Nue dans la salle de bains, recroquevillée derrière la porte, m'empêchant d'y entrer. J'ai la sensation de mon corps qui se tend, mes genoux qui se plient, mes bras qui plongent la chercher. De son poids, ses os qui viennent peser. Elle n'est pas lourde pourtant, mais son inertie la rend pesante, plus difficile à bouger. J'ai la sensation de mon pouls qui vient s'accélérer, de la chaleur dans mon cou qui commence à monter, pour se répandre jusque dans mes joues. De cette porte bloquée, tandis que j'essaie d'aspirer mon corps pour me glisser dans l'entrebâillement, derrière lequel elle m'attend. Mon coeur qui se serre. Les larmes qui coulent. La fatigue et le stress qui m'ensevelissent sauf que personne n'est là pour me relever, moi

L'histoire semble se répéter, à la différence que cette fois, le sommeil se refuse à me trouver. Deux nuits à la veiller. Deux nuits à guetter le moindre bruit - le moindre silence aussi, mais cela n'a pas suffit. Cela ne l'a pas empêché de tomber. Une fois. Deux fois. Trois fois. J'ai cessé de compter. C'était juste une fois, deux fois, trois fois de trop. Elle a plongé dans une abîme, je ne sais exactement à quel moment, et ne peut s'empêcher de m'y entraîner plus ou moins volontairement. Alors que Dieu me pardonne si je vis son absence comme un soulagement, une respiration.

Mais jusqu'à quand?

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